Les élections ne sont elles qu’un mauvais moment à passer ?

Cette discussion, présentée par Nicolas Dessaux, est issue d’une réunion publique en ligne organisée par les membres de Travail & Démocratie  le 16 février 2017. Le débat impliquait des militant-e-s de T&D mais surtout des sympathisant-es .

Nicolas Dessaux : Bienvenue donc dans cette réunion. Je vais essayer de présenter les grandes lignes du débat, et nous pouvons en discuter librement.

Le sujet proposé est donc « Les élections ne sont elles qu’un mauvais moment à passer ? ». C’est une phrase qui est revenue régulièrement, depuis plusieurs années dans les réunions d’ICO et c’est l’un des sujets sur lequel nos positions ont sensiblement évoluées, même si elles n’ont jamais vraiment été homogènes. Si ça n’était qu’un débat interne, ça n’aurait qu’un intérêt limité, mais c’est quelque chose qu’on entend souvent autour de nous. Des militants-e- d’extrême-gauche ou des mouvements sociaux, des syndicalistes, qui voient arriver les périodes électorales comme un moment de « suspension », où d’un seul coup, une bonne partie de leur entourage semble se détourner des combats en cours pour se concentrer sur les élections. Et en Frances, les périodes électorales, c’est presque tous les ans… Je pense que vous connaissez toutes et toutes ça.

C’est à peu près dans ces termes qu’ICO posait le problème, au moins dans sa pratique, jusqu’ici. Mais d’autres organisations le répètent régulièrement, sous des formes diverses de « l’important n’est pas de voter, mais de lutter », d’appel à l’abstention, ou encore de campagnes électorales à la tonalité défaitiste.

Alexandre : C’est certain mais il y a surtout le problème de la droite extrême… qui revient.

Nicolas Dessaux : La question de l’extrême-droite joue en effet un rôle important, même si d’autres arguments ont joué un rôle dans notre réflexion. Si elle joue un rôle important, c’est précisément parce que nous voyons bien que, dans la pratique, dire que tous les candidats sont pareils, que les élections ne changent rien, n’est pas très réaliste. Et que lorsque l’extrême-droite est en mesure de s’emparer du pouvoir par la voie électorale, c’est un discours suicidaire.

Alexandre : Puis il y a la problématique de l’utilité des élus…

Nicolas Dessaux : Je reviendrais plus tard sur la question des élus. Pour ma part, malgré mon peu d’enthousiasme pour les élections – et malgré mes analyses répétées depuis des années sur la manière dont le système électoral favorise le maintien des partis en place, c’est l’analyse du déroulement des périodes révolutionnaires qui a changé mon approche. C’était l’un des enjeux des discussions lors des dernières rencontres d’été d’ICO.

Nombre de militants d’extrême-gauche, de syndicalistes de classe, parlent de révolution, mais lorsqu’on en discute en privé, ils voient ça comme un rêve lointain, une sorte de carburant utopique à leur action, mais pas comme quelque chose qui pourrait arriver dans l’immédiat. Du même coup, discuter sérieusement de comment ça se passe n’a pas grande utilité.

Mais quand on examine les révolutions du XXe siècle, ou plus proche de nous, des mouvements comme le Printemps arabe, les « révolutions colorées », etc., on est amené à relativiser l’opposition classique entre révolution et élection. Je reviendrais sur son origine si vous voulez, mais ce qui me semble important, c’est de constater que dans chacun des mouvements révolutionnaires où un régime a été renversé, il y a eu des élections presque immédiatement ensuite. Et le mouvement ouvrier, aussi fort soit-il au niveau syndical, arrive généralement mal préparé dans ces élections cruciales, qui décident de l’avenir de la révolution.

Gaël : Ne pourrait-il pas y avoir une différence d’approche dans la discussion entre des élections qui servent à la construction d’une fraction parlementaire, d’un parti, et les élections aux cours des événements révolutionnaires ? Ce n’est vraiment pas pour faire de l’idéologie, il me semble que ce sont deux événements différents. Pour préciser, quelle différence entre des scrutins dans la période actuelle et dans une période révolutionnaire ? Ne pourrait-il pas y avoir une différence d’approche dans la discussion entre des élections qui servent à la construction d’une fraction parlementaire, d’un parti, et les élections aux cours des événements révolutionnaires ? Ce n’est vraiment pas pour faire de l’idéologie, il me semble que ce sont deux événements différents.

Nicolas Dessaux : Ce sont des processus différents, mais pas tant que ça justement. Il y a des questions de technique électorale, d’implantation, de capacité à présenter des élus crédibles, qui se préparent à l’avance. Il faut surtout poser de manière très concrète deux questions importantes. La première, c’est de savoir comment ont fait une révolution dans un régime démocratique – c’est rarissime.

La seconde, c’est de savoir précisément ce qu’on définit comme révolution et là, on voit fréquemment dans les discussions que c’est assez flou, parce que la révolution est identifiée à la prise du pouvoir, voir à la chute du régime en place, voir à un grand mouvement social.

Gaël : Oui, une élection reste une élection, quelque-soit le contexte, pourtant la façon dont le parti mène une politique dépend du contexte politique.

Nicolas Dessaux : Bien sûr, le contexte joue. Plus précisément, c’est dans des périodes de crises sociales et politiques que les mouvements révolutionnaires ont une chance de s’emparer du pouvoir, d’être considérés comme une solution politique possible;

La question des révolutions dans un régime démocratique est très importante, parce qu’elles sont fort rares – et en général, liées à un processus électoral. Le cas le plus typique et le plus intéressant est sans doute celui du Chili de 1973, ou se combinent arrivée au pouvoir du front populaire par les élections, et mouvement autogestionnaire dans les usines, avec des relations complexes entre les deux.

Gaël : Est-ce que le contexte actuel est favorable aux organisations révolutionnaires ? Si c’est le cas, pourquoi les organisations révolutionnaires sont-elles toutes marginales en occident ? En ce moment ? Il semble que ce soit l’extrême droite qui a le vent en poupe. Tu prends le cas du Chili, c’est précisément une course de vitesse entre les partis Ouvriers et le Césarisme.

Nicolas : Le contexte n’est pas un élément de décor intangible, c’est quelque chose qui se transforme. Si l’extrême-droite est aux portes du pouvoir, c’est bien parce qu’il y a une crise de représentation politique. Le drame, c’est qu’il n’y a pas d’alternative socialiste, alors qu’il y a une alternative d’extrême-droite puissante.

Or, précisément, celle-ci s’est construite électoralement, lorsque les petits mouvements fascistes des années 60 ont compris que les conspirations putschistes avaient fait leur temps. Ils ont mieux compris les possibilités de la période que l’extrême-gauche, qui s’est cantonnée à vouloir répéter un mélange d’Octobre 17 et de Mai 68.

Cette question de savoir comment on prend le pouvoir en démocratie est essentielle, parce que presque tous les mouvements qui servent de modèles à l’extrême-gauche sont des sorties de dictatures ou d’autocraties. Sauf sans doute l’Espagne de 1936, où la République est sortie des urnes et la révolution commence comme une résistance au coup d’état fasciste.

Gaël : La Commune aussi non ?

Nicolas Dessaux : Oui, la Commune, dans un autre contexte – les communards veulent poursuivre la défense nationale contre l’assemblée « pacifiste » contrôlée par les royalistes. La Commune a eu une durée très courte et n’a jamais réussi à jouer un rôle national. Cela dit, c’est intéressant de constater que cet événement mythique du mouvement ouvrier commence par des élections locales.

C‘est pourquoi il est important de bien définir ce dont on parle quand on parle de Révolution. Chez Marx, comme j’ai eu l’occasion de le rappeler dans un article récent, c’est bien la transformation sociale et plus précisément le changement dans la propriété qui est révolutionnaire. C’est pourquoi il peut considérer que prendre le pouvoir par les élections n’est pas incompatible avec la révolution.

C’est un élément de réflexion important, parce que ça change la perspective courante à l’extrême-gauche qui oppose les deux (ou qui cantonne les élections à un rôle de propagande).

Une fois ce travail de défrichage effectué, cela permet de poser d’autres questions importantes. Quels sont les moyens de prendre le pouvoir dans une société démocratique ? Qu’est-ce qu’un parti politique ?

Je suis en train de préparer un nouvel article sur la définition du parti chez Marx. Non pas qu’il ait réponse à tout, mais c’est intéressant de voir comment il pose les problèmes alors qu’une grande partie de l’extrême-gauche s’y réfère, plus ou moins directement. Ce qui ressort, aussi bien des textes écrits pour la première internationale que des débats sur la naissances des partis ouvriers dans les années 1870-80, c’est qu’il définit toujours le parti par le fait qu’il est organisé pour prendre le pouvoir politique. Et dans ces années-là, le contexte fait que dans la majorité des pays d’Europe et aux USA, il envisage cela par les élections.

Or, c’est bien comme ça que les gens, aujourd’hui, perçoivent un parti politique – quoi qu’ils en pensent par ailleurs. C’est une machine construite pour arriver au pouvoir. Et la méthode normale, c’est d’être assez convaincants pour être élus.

On peut discuter longuement de savoir comment les institutions sont conçues pour que ça ne se passe pas comme ça. J’ai consacré de nombreux articles. Mais ça ne change rien à l’affaire : c’est comme ça qu’on est perçu comme étant effectivement un parti politique.

C’est bien ça que l’extrême-droite a compris à la fin des années 60 et au début des années 70, alors que l’extrême-gauche disait « élections pièges à cons », ou affichait « votez pour la Ligue parce que ça ne sert à rien ».

C’est un débat important, parce que l’extrême-gauche française de tradition trotskiste, s’est trouvée prise dans des contradictions insurmontables pour elle : pendant une décennie, elle a caracolé avec des scores élevés dans les élections, jusqu’à dépasser le PCF, et en même temps, elle persisté à vouloir construire un « parti des luttes » sur un terrain parasyndical, en expliquant que les élections étaient inutiles.

Alexandre : Il faut combiner élections et révolutions

Nicolas Dessaux : Voilà, combiner révolution et élection, ça signifie qu’il faut repenser ce qu’on attend de l’une et de l’autre, en sortant des schémas existants.

Gaël : Oui, je suis d’accord. Je pense qu’à ce titre, il serait nécessaire de se ré approprier l’héritage politique du SPD. Tout en mesurant bien les limites par exemple à l’été 1914.

Nicolas Dessaux : L’héritage du SPD (social-démocratie allemande) est important, mais il ne faut pas négliger d’autres exemples possibles. Par contre, il faut le faire de manière analytique, sans nostalgie. Ce qui est important, c’est de construire quelque chose qui correspondent aux besoins et aux possibilités et aux débats du monde du travail actuel en Europe. Et sortir du parasyndicalisme. Les syndicats font ça mieux que nous.

Ce qui est révolutionnaire, c’est le projet de société que nous devons porter, et plus encore, la transformation de la propriété des moyens de production.

Gaël : La question que je me pose c’est comment dans une élection, peut-on répondre aux besoins du monde du travail, alors que pour le moment nous sommes si peu nombreux ? On peut commencer à écrire des programmes qui partent de nos vies, mais sans une surface suffisamment grande de notre camp, dans un parti ça ne me semble pas évident, pour le moment.

Nicolas Dessaux : La discussion sur la démocratie dans l’entreprise, ou plus largement, sur le lieu de travail, est importante pour ça. Elle permet de relier une critique fort des institutions existantes, de se réapproprier le suffrage universel, et de contester le système actuel de propriété, le tout dans un langage adapté, compréhensible facilement aujourd’hui.

ICO a progressé en aboutissant enfin un programme, en le développant, même si nous sommes conscients de ces faiblesses. Mais nous sommes justement peut être trop partis de nos vies, de nos idées, et pas assez du mouvement réel.

Alexandre : Nos vies suivent le mouvement réel. Le programme est en accord avec ce qui se passe dans le réel prolétaire.

Nicolas Dessaux : Il existe un vaste travail, réalisé par les syndicats, par le monde associatif, qui sort déjà du monde du travail. Il faut savoir s’en emparer et le porter politiquement. Cela ne veut pas dire qu’il faille suivre de manière acritique, mais il faut être mieux informé de ce qui existe. La question est plutôt de savoir comment faire ce travail politique sur le terrain politique.

Gaël : Oui mais peut-on avoir un programme complet, c’est-à-dire qui soit en mesure de répondre aux attentes de notre base sociale quand nous serons au pouvoir ? De quelle manière prendre en compte les attentes de la base sociale ?

Nicolas Dessaux : Le programme doit correspondre aux attente de la base sociale, mais sans démagogie, sans surenchère. Ce n’est pas tout d’arriver au pouvoir, il faut encore en faire quelque chose d’utile.

Alexandre : J’ai juste une question, les élections ne sont-elles pas juste un pouvoir capitaliste? Parlez-en aux syndicats et aux militant-e-s

Nicolas Dessaux : Les élections ne sont pas capitalistes en soit. Dans toute l’Europe, c’est le mouvement ouvrier qui s’est battu pour le suffrage universel (et dans bon nombre de pays, pour que ce suffrage ne soit pas exclusivement masculin).

Alexandre : Je ne parle pas des élections mais de la façon dont elles se passent. Du passage dans les médias aux campagnes.

Nicolas Dessaux : Les capitalistes font avec, mais s’en méfient toujours, parce que cela reste un outil incontrôlable. Quand on regarde ce qui se passe à l’échelle internationale, les surprises sont nombreuses, et les discours gauchistes sur « la bourgeoisie veut ça » ou « ne veut pas ça », sont souvent démentis par les résultats électoraux.

Les institutions françaises, par contre, comme je l’ai montré en examinant les résultats de chaque élection depuis des années ou en étudiant le code électoral, sont construites pour favoriser le maintien des partis en place. En Belgique, c’est encore plus compliqué – cela dit, le PTB monte, et quoi qu’on puisse penser du PTB, il monte grâce aux voix du monde du travail.

C’est bien pour cela que je disais tout à l’heure qu’il y a des conditions particulières dans lesquelles un mouvement révolutionnaire peut gagner : après la chute d’un régime, ou lors d’une crise politique et sociale grave, qui fragilise le système institutionnel. Encore faut-il pour cela être présents dans ces élections et savoir comment s’y prendre.

Alexandre : Tu as un exemple particulier ? Parce qu’à part les élections US je n’en ai pas suivies d’autres.

Nicolas Dessaux : Le Brexit est un autre bon exemple. Les conservateurs ont fini par en prendre leur parti, mais ce n’était clairement pas le choix de la City.

Alexandre : Nicolas, tu veux dire que les ouvriers anglais voulaient du Brexit ?

Marek : De toute façon, dans la plupart des cas, la bourgeoisie sait s’adapter à de tels imprévus

Nicolas Dessaux : Les cartes électorales laissent penser qu’une partie de la classe ouvrière anglaise voulait le Brexit : celle des campagnes, celle des régions en voie de désindustrialisation. La même qui vote FN en France. C’est bien pour ça qu’ICO a commencé à s’intéresser aux questions de désertification rurale.

Marek : De toute façon, la bourgeoisie anglaise avait toujours négocié une participation réduite à l’UE. Et même avec la sortie, elle ne va pas laisser tomber les liens créés avec l’UE, elle va les remettre à jour.

 

Alexandre : Est-ce que le Brexit était une solution ? Sachant que leurs instigateurs si je puis dire, ont été très peu honnêtes…?

Gaël : Non, sur le Brexit, je pense que Nicolas voulait dire que les conservateurs, es tories eurosceptiques ont gagné ce referendum alors que le résultat est un casse-tête pour les industriels

Nicolas Dessaux : La bourgeoisie, avec tout ce que ça comporte de diversité dans la pratique, s’adapte comme elle peut, mais elle a la chance de ne pas avoir en face d’elle de puissante alternative. Tant que l’extrême-gauche reste cantonnée sur une position de replis, de nostalgie, de déprime, le danger vient de la droite.

Je ne crois pas que le Brexit soit une solution, et je dis depuis longtemps que le mouvement ouvrier dit s’emparer de l’échelon européen. C’est pour ça que je suis content que ma confédération syndicale soit membre de la CES et y joue un rôle positif, mais c’est une autre histoire. C’est aussi pour ça que nous avons annoncé dès le congrès qu’ICO se préparerait à la prochaine échéance européenne. Mais ces convictions européennes ne doivent pas oblitérer une analyse fine des raisons qui poussent une partie de la classe ouvrière à voir en l’Europe une ennemie.

Marek : De même qu’en cas de victoire imprévue d’un candidat qui serait « incontrôlable », la bourgeoisie aura toujours les moyens de lui poser ses conditions. On en voit déjà un peu l’illustration avec Trump.

Nicolas Dessaux : Si on part du principe que la bourgeoisie est toute puissante et qu’elle aura toujours le dernier mot, alors nous sommes perdus. Il y a dans ce cas plein d’autres choses plus intéressantes à faire dans la vie que militer. Cela ne veut pas dire non plus qu’il faille tout attendre des élections, et tordre le bâton dans l’autre sens.

Alexandre : C’est le nationalisme qui revient et qui va encore empirer sur l’état des travailleurs.. Mais il sera nécessaire que les luttes européennes soient quasiment simultanées quand elles s’exécuteront.

Nicolas Dessaux : Ce qui fait la force du projet de démocratie dans l’entreprise, c’est également qu’il permet de mobiliser, sur chaque lieu de travail, dans chaque entreprise, l’ensemble du monde du travail. De se poser la question : qui dirige ? Comment on fait ? Donc, de mobiliser l’ensemble du monde du travail.

Là encore, la leçon du Chili est importante : le gouvernement socialiste, soucieux de ménager sa courte majorité suspendue au bon vouloir des radicaux, et d’éviter le coup d’état militaire, a accordé au compte-goutte le pouvoir dans les entreprises. Ça n’a pas empêché sa chute, loin de là. Avec tout le respect qu’on leur doit, il faut en tenir compte, analyser les échecs et les erreurs.

Gaël : Oui, ça veut dire aussi qu’il faut également sérieusement étudier les questions militaires, au cas où.

Nicolas Dessaux : C’est l’un des autres points de la réflexion qui a mené à réévaluer la question électorale Engels, excellent connaisseur des questions militaires, disait déjà à la fin du 19e siècle, que les barricades et autres coups de mains armés étaient désormais voués à l’échec du fait des changements techniques et tactiques de l’armement. Aujourd’hui, quand on examine sérieusement les questions militaires, les techniques de guerre urbaine notamment (drones, robots, bombardements massifs,…) vouloir jouer à la guérilla urbaine n’est guère sérieux.

Gaël : Ce n’est pas mon propos.

Nicolas Dessaux : L’expérience des mouvements qui ont tenu tête à l’armée, c’est qu’ils ont une base sociale très large et qu’ils se sont donnés les moyens de diviser l’adversaire, de paralyser oralement l’armée et de mettre en échec sa chaine de commandement. D’autre part, à moins d’envisager qu’une révolution puisse être absolument simultanée partout dans le monde entier, ses principaux adversaires sont le coup d’état intérieur et l’attaque extérieure.

Donc, il faut être en mesure de maitriser les deux risques. Aujourd’hui, ça veut dire réussir à tenir l’armée au calme, d’une manière ou d’une autre, ou divisée politiquement, et en même temps capable de réagir avec les moyens adaptés face à une agression extérieure. Dans le cas d’une révolution en Europe, ça veut dire, capable de tenir tête à la Russie ou aux USA, ou aux deux. Si on néglige ces questions, on peut toujours discuter de révolution au bistrot de retour de manif, mais ça n’iras pas loin.

Mais là aussi, ça pose très clairement la question de la légitimité et de l’assise du mouvement. Aucune élection ne protège d’un coup d’état militaire, mais ça donne tout de même une autre assise, dans les circonstances actuelles, qu’une prise du pouvoir minoritaire.

Gaël : Et pour défendre quoi ? A quelle échelle ? Pour mener qu’elle politique ? Tout ça semble tellement loin. Toute la discussion est très bien, je trouve les idées de fond tout à fait juste pourtant notre petit milieu communiste est si faible. Je suis tout à fait d’accord, mais pour le moment nous n’avons pas la capacité même de nous présenter.

Nicolas Dessaux : Ca dépend ce qu’on appelle communiste. Les débats de ce type sont rares, précisément parce que nous sommes dans une phase où il faut se réarmer moralement, reconstruire, mais il existe dans le monde du travail une couche importante de gens qui souhaitent changer les choses. En France, l’extrême-gauche, c’est 10% de l’électorat en gros. En Angleterre, la droite a perdu le contrôle du labour en faveur d’un candidat qui se réclame du socialisme. En Espagne, Podemos et son « marxisme-léninisme aimable » est devenue une force politique en très peu de temps.

Ce qui est important, c’est de savoir saisir ça et de lui donner une forme politique. Pour l’instant, l’extrême-gauche a loupé le coche, le nationalisme de Mélenchon fait des ravages dans le mouvement ouvrier, mais ça peut basculer si on s’en donne les moyens

En France, il y a des mouvements sociaux régulièrement, il y a une présence syndicale qu’on pourrait rêver plus forte, mais qui est réelle. Se présenter n’est pas si difficile que ça. Par contre, ça va demander un travail long et difficile pour transformer ça en force politique pour un changement social réel – et pas seulement, en autre variante de la gauche.

Gaël : Peut-être qu’une politique, ça peut se mener déjà là où nous vivons et militons, est ce que nous avons une politique dans les associations, dans les syndicats, etc. Moi pour le moment je suis nul part mais parce que je dois partir de chez moi bientôt. Mais tu prends l’exemple de Podemos ou de Corbyn, mais leur politique a de gros défauts.

Nicolas Dessaux : Il ne s’agit pas de dire que Podemos c’est super, ou que Corbyn va changer les choses, mais de regarder le mouvement qui est derrière. Il y a une aspiration à un changement de société. Les gens vont là où quelqu’un se propose d’incarner ce changement. C’est bien ça le centre de la question : comment est-ce qu’on se donne les moyens d’être une force politique ?

Et pour ça, il faut arrêter d’esquiver les élections, de penser que c’est un mauvais moment à passer, de vouloir créer des partis sur le terrain des syndicats et de les créer sur un terrain politique. Ce qui n’empêche pas de développer, comme salari-é-es, un syndicalisme de classe solide, bien implanté, mais il ne faut pas jouer les choses de manière concurrente, ou instrumentale.

Gaël : Oui, instrumentaliser c’est une catastrophe. Ca déforme les militants et dégoûte tout le monde.

Marek : Oh que oui.

Nicolas Dessaux : C’est l’un des drames de l’extrême-gauche. On peut l’expliquer historiquement, mais il faut sortir de tous ces schémas pour construire du neuf.

Voilà, nous avions annoncé que la fin de la réunion serait vers 23h. J’espère vous avoir convaincus, ou au moins interrogé sur certains points. N’hésitez pas à interroger ICO, par mail, pas messenger, si vous voulez en savoir plus. N’hésitez pas à adhérer, bien sûr, si vous êtes convaincus.

Marek : Ok c’était super intéressant comme toujours

Nicolas Dessaux : La mue d’ICO, sur la base des questionnements, n’est pas encore terminée. Le congrès de novembre a marqué une étape. Il y en aura d’autres. Vous êtes aussi les bienvenues pour en discuter aux prochaines rencontres d’été. Et posez-vous la question de savoir si vous voudriez être candidats aux européennes pour défendre le socialisme démocratique, la démocratie dans l’entreprise et le refus des replis nationalistes. Vous n’êtes pas obligés de répondre tout de suite, mais gardez la question dans un coin de la tête.

 

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