Présidentielles2017 – Chroniques d’une élection… ou d’un cirque volant ?

L’actualité des élections présidentielles ne laisse pas une minute de repos. Parfois on peut presque se demander si nous ne sommes pas passés dans un univers parallèle où le Gorafi est un média sérieux de référence. Ou bien, ne seraient-ce tout simplement les petits copains extraterrestres de Jacques Cheminade qui font des expériences sur nous en se marrant bien quelque part là-haut ?

Tout d’abord, le feuilleton juridique. Il serait presque drôle s’il n’était aussi grave. François Fillon se lance dans la bataille seul contre tout son camp, tel un chevalier médiéval. Après tout, il avait déjà un programme qui rimait bien plus avec le moyen-âge que le 21ème siècle. Des Républicains quittent peu à peu le navire en se repliant vers des valeurs actuellement sures de la Droite : Emmanuel Macron pour les uns, Alain Juppé pour d’autres. Le premier, malgré les enquêtes en cours, ne serait apparemment pas mis en examen avant les élections, et on a déjà oublié toutes les condamnations du second et on le désigne nouveau favoris alors qu’il n’est même pas candidat ! Par contre, Fillon ne compte pas en rester là et prépare déjà un remake de la manif pour tous en mobilisant pour ce dimanche 6 mars tout ce que ce pays peut contenir des collectifs intégristes et réactionnaires. Sauf Boutin qui n’aurait apparemment pas digéré que Fillon ose visiter le salon de l’agriculture un mercredi des cendres, au lieu de, en bon catholique, un mardi gras. Ils sont comme ça à la Droite : justes, droits, irréprochables et avec des principes. On ne déconne pas avec des valeurs… sauf quand il s’agit de remplir leur portefeuille.

A l’extrême droite, on est encore plus pointilleux et à cheval quand il s’agit de remplir les portefeuilles en douce sur le compte des contribuables. Le Front National a mis en place un système des emplois fictifs permettant d’embaucher ses proches en tant qu’assistants parlementaires, même si le règlement du parlement européen l’interdit. Deux proches de Marine Le Pen sont déjà en garde à vue et elle-même refuse de répondre à la convocation de la police et du juge de l’instruction en vue d’être mise en examen. Marine Le Pen veut être présidente. Marine Le Pen ne peut pas être mise en examen. Marine Le Pen se prépare pour faire ce tout qu’elle veut, comme papa Le Pen lui avait promis. D’ailleurs, elle ne comprend même pas tout cet acharnement juridique : elle est xénophobe et raciste, elle est élue, elle est riche, elle n’est même pas étrangère ! … donc elle remplit toutes les conditions qui permettent en général de ne pas être embêté par la police et la justice. Les casseroles juridiques de Marine Le Pen ne s’arrêtent pas là. Le parlement européen vient de lever son immunité à la demande de la justice française dans l’affaire des images des atrocités de l’Etat Islamique que Marine Le Pen a tweetées à plusieurs reprises. Rappelons tout de même que plusieurs personnes en France, dont un mineur de 15 ans, ont écopé des peines de prison ferme pour des faits similaires. Et finalement, n’oublions pas que Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen sont en plus sous le coup d’une enquête portant sur une fraude fiscale qui peut lui coûter jusqu’à 3 ans de prison ferme et 10 ans de l’inéligibilité. On comprend tout de suite mieux pourquoi elle ne tient pas à se rendre chez des juges d’instruction et compte sur l’immunité si elle gagne la présidentielle. Mais on est comme ça chez Le Pen, rebelles et anti-systèmes de père en fille. On ne profite pas du système pour deux sous. Pour deux-trois millions par contre…

D’ailleurs, un autre rebelle et anti-système, ni droite ni gauche, est dans les parages et trouble les jeux classiques. Emmanuel Macron, l’homme providentiel qui enflamme les zéniths et grimpe dans les intentions de vote. Le candidat qui est capable de parler un jour des « crimes contre l’humanité » commises par la France coloniale, et regretter le lendemain qu’on « humilie » les opposants au mariage pour tous, tout en se révendiquant de ce héritage du quinquennat. Qui est capable de promettre la fin de la taxe d’habitation pour 80% des ménages le matin, et projeter l’après-midi le passage d’une partie des fonctionnaires du niveau étatique au niveau communal, à qui il venait de ponctionner une partie des revenus le matin même. Le candidat qui part dans tous les sens et revient toujours au même point, à l’essentiel de sa présence : aller encore plus loin que la Loi Travail, « dépolitiser » les syndicats, supprimer des fonctionnaires, privatiser, privatiser et privatiser… et au final en tant que tout bon financier qui se respecte, il a quand même un trou de 10 milliards d’euros. Mais qu’importe ! Les soutiens se précipitent vers lui. D’abord, une partie des Républicains et des  « socialistes » après la victoire de Fillon et Hamon aux primaires. Ensuite François Bayrou qui après des décennies d’errances en tant que l’éternel troisième voit l’opportunité de devenir au moins le premier ministre pour une fois. Et finalement, Macron a même un petit soutien de Robert Hue, l’ancien patron du PCF et actuel président du mouvement des progressistes. On a beau chercher une raison logique, il n’y en a pas.

Finalement, n’oublions pas Benoit Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Comme on dit : « le meilleur est toujours pour la fin », mais ce n’est absolument pas le cas cette fois. Étant donné des risques de cette élection, une extrême droite bien implantée socialement, un Fillon et un Macron avec des programmes ultra anti-sociaux, l’attente d’une rencontre de Hamon, Jadot et Mélenchon était réelle depuis plusieurs semaines. Tout le monde attendait un accord, voir un programme resserré pour les 5 années à venir. Hamon et Jadot ont passé trois longues semaines dans les tractations et négociations. Il en est ressorti un accord a minima, comme attendu très orienté écologie, dans lequel on a remarqué plusieurs absences, notamment la lutte pour l’égalité femmes/hommes et sur l’accueil des réfugié-e-s. On aurait pu espérer qu’il soit complété avec le ralliement de Mélenchon, même si pour France Insoumise aucun de ces deux points n’est vraiment la priorité.

Si l’on regarde objectivement, à part le Revenu Universel qui ne fait pas partie du programme de France Insoumise et la Constituante qui ne fait pas partie de l’accord commun Hamon-Jadot, il n’y avait absolument pas de réels points de désaccords insurmontables entre les deux programmes. Sur la question d’Europe, il était évident que Mélenchon n’allait pas lâcher son « plan B : retrait de l’UE » si facilement. Ce point est le gage par rapport à une partie de France Insoumise constituée des ultranationalistes, même si l’on peut se demander si Mélenchon croit réellement en sa réalisation. Néanmoins, le plan A, la renégociation des traités, figure bien dans son programme, donc même ce point-là pourrait être sujet des discussions sans difficulté. Et pourtant malgré tout ça, Hamon et Mélenchon se sont quittés sur un simple accord de « non-agression » en maintenant leurs candidatures et répétant chacun de son côté qu’il est le mieux placé pour représenter la gauche.

Quelque-soit le prétexte évoqué par l’un ou par l’autre, la raison d’un manque d’accord n’est lié qu’à leur égo démesuré. Un comportement irresponsable qui dans le contexte actuel n’est ni sérieux ni pardonnable et constitue une faute politique qui sera lourde de conséquences. Depuis, ils stagnent dans les sondages pendant que Le Pen et Macron s’installent tranquillement dans les intentions de vote. Décidément, toute référence à Allende et au socialisme pour des types comme Mélenchon et Hamon ne peut que s’arrêter à une table d’un restaurant chilien perdu quelque part dans Paris. Et c’est déjà bien trop.

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