C’était mieux avant, vraiment ?

Sous prétexte de lutter contre les effets, réellement désastreux, des attaques contre l’environnement, certains mouvements prônent une limitation drastique de l’utilisation des technologies. Il ne s’agit pas seulement d’avoir la vigilance nécessaire sur les conséquences de l’utilisation de celles-ci , sur leurs dérives ou leurs mauvaises utilisations. Prenons l’exemple de « Pièces et main d’œuvre – site de bricolage pour la construction d’un esprit critique grenoblois  ». Selon leur texte de présentation « la technologie, c’est le front principal de la guerre entre le pouvoir et les sans-pouvoir, celui qui commande les autres fronts ».

Pièces et Main d’œuvre (PMO) publie nombre d’articles on ne peut plus douteux. L’un de leurs auteurs préférés est Alexis Escudero, vulgairement réactionnaire, spécialisé dans l’homophobie et le mépris des luttes féministes, au prétexte de combattre l’artificialisation en général, et celle de la reproduction en particulier. Sans parler de certains articles qui nient l’existence d’un fascisme français – ou alors vraiment à la marge, ça ne compte pas. Donc, ne nous trompons pas de cible : les « vrais » (selon PMO) antifascistes devraient s’attaquer en priorité… à Le Corbusier et aux architectes urbanistes, se mobiliser pour E. Snowden plutôt qu’en réaction à la mort de Clément Méric.

Le mouvement anti-technologie a une aura principalement dans les milieux libertaires. Le retour à la nature se présente au grand public sous l’aspect beaucoup plus séduisant (en apparence), et beaucoup plus médiatique, des Colibris, le « mouvement politique » de Pierre Rabhi, philosophe agriculteur créateur du concept de sobriété heureuse, promoteur de l’autonomie alimentaire, du respect de la nature, de l’agriculture paysanne, des circuits de distribution court, des réseaux de solidarité, des initiatives citoyennes. Tout ça est bien beau et séduisant, mais il y a quelque chose qui cloche.

Ce discours lénifiant cache (à peine) de véritables visées réactionnaires, mises plus ou moins en évidence selon l’interlocuteur : Rabhi ne formule pas les choses tout à fait de la même manière sur France inter ou sur une radio catholique, par exemple. Outre les propos homophobes et anti-féministes, Rabhi est proche du mouvement sectaire (et raciste) de Rudolph Steiner, l’anthroposophie.

Heureusement, tout cela ne comptera plus dans sa société paysanne séculaire, qui ne vise pas l’émancipation de la condition humaine, mais plutôt une sorte de bien être individuel indéfini, car sans statut, la loi, le droit, Rabhi n’en parle jamais, pas besoin. La terre suffirait donc à réguler nos rapports sociaux et partager nos richesses. Nous ne sommes alors plus très loin du slogan pétainiste sur la vérité terrienne, indiscutable puisque innée, en tout point identique au fait religieux. On ne saura jamais ce qu’il fera des faibles, des pauvres, des malades, ou des délinquants, il n’y en aurait sans doute pas en agro-écologie.

Si l’écologie est une préoccupation incontournable de toute organisation progressiste, ne serait-ce que parce que les conséquences les plus négatives du réchauffement climatique, de l’exposition aux produits dangereux pour la santé, par exemple, s’abattent d’abord sur les plus précaires et les plus pauvres, partout dans le monde. Le capitalisme est inséparable de la destruction de l’écosystème et la préservation de l’écosystème est inséparable de la destruction du capitalisme. Si la lutte pour la préservation de l’environnement peut être menée avec des organisations avec lesquelles nous avons des divergences idéologiques, rien ne peut justifier de militer avec des mouvements fondamentalement réactionnaires. Je n’en ai donné que deux exemples, parmi tant d’autres : la vigilance est de mise ; les fascistes, même à pavillon vert, n’ont rien à faire dans nos luttes !

Pour conclure, un rappel utile d’André Dréan : « le kit idéologique du milieu hostile à la « société industrielle », loin de lui permettre d’approfondir la critique des modes d’exploitation et de domination est en réalité réductionniste et laisse bon nombre de ceux qui s’en réclament désarmés face aux idéologies réactionnaires, voire fascistes, qui montent au créneau sous d’autres drapeaux […] L’exemple historique du nazisme, en particulier de ses tendances écologistes, est pourtant là pour nous rappeler que la haine du progressisme et du rationalisme, ainsi que l’apologie de la nature, version « sol et sang », et de l’irrationalité peuvent très bien cohabiter avec le progrès industriel, façon camp d’extermination. »

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