Le climat est une question planétaire

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, se déroule à Paris la COP21, gigantesque rassemblement de chefs d’états, de multinationales et d’organisations non gouvernementales (ONG) sur le changement climatique. Pour cette 21e « conférence des parties », 146 pays ont déjà fait connaître leurs projets de contribution à la stabilisation du climat de la planète, avec des objectifs plus ou moins ambitieux en termes de réduction des gaz à effet de serre. Il s’agit de maintenir le  réchauffement climatique en dessous de la barre des 2° afin d’enrayer les catastrophes prévisibles. Malgré cela, nombre de critiques pronostiquent déjà un
échec.

Quels que soient les efforts consentis par certains pays pour limiter les émissions de CO₂ dans ses frontières, cela n’a de conséquences réelles que si les plus gros
producteurs jouent le jeu. Ainsi, la Chine, à elle seule responsable de plus de 25% des émissions planétaires, s’engage pour des efforts importants. Mais sa production de gaz à effets de serre a presque triplé depuis l’an 2000. Cet été, la catastrophe de Tianjin a montré l’état déplorable des installations industrielles chinoises et la corruption massive pour empêcher qu’elles soient contrôlées. Quelle confiance accorder à cette dictature corrompue sur ses engagements ? Les USA, second producteur mondial, ont également présenté un plan ambitieux. Mais le président Obama devra le faire entériner par le Sénat, désormais contrôlé par ses adversaires républicains. Ces derniers sont hostiles à tout changement de politique climatique puisqu’ils considèrent que cela diminueraient le niveau de vie des Américains. Certains nient purement et simplement la réalité du réchauffement de la planète… L’Union européenne affiche également ses belles intentions, mais cela suppose que chacun des 28 membres joue le jeu. Or, dans la réalité, les industriels jouent sur les différences de législation entre les pays membres pour exporter leurs productions les plus polluantes en Europe de l’Est, là où la faiblesse des dispositifs légaux, des associations de défense de l’environnement et la corruption massive leurs permettent de polluer sans entraves. Notons que le septième facteur mondial d’émissions de CO₂
est le transport maritime, un secteur particulièrement mal réglementé du fait de la multiplicité des pavillons de complaisance, soit 63% de la flotte mondiale. Par
exemple, 23% des navires qui circulent sur les mers battent pavillon panaméen, un pays qui n’a pas encore fait connaître sa contribution et qui serait de toute façon bien en peine de réglementer une telle flotte…
Certaines ONG protestent contre le sponsor de la COP21 par les multinationales les plus pollueuses au monde, tels Air France, Renault-Nissan ou Suez. C’est une manière de redorer leur blason écologique sans avoir à changer leurs productions polluantes. Or, il est indispensable que les entreprises prennent en charge les questions écologiques puisqu’elles comptent parmi les principaux facteurs de pollution. Mais elles ne sont prêtes à le faire que dans la mesure où c’est dans leur intérêt, c’est-à-dire là où elles peuvent empocher des subventions ou se faire une place sur les marchés verts. Pour le reste, elles cherchent à défendre à tous prix leurs productions polluantes. Participer à la COP21 leur permet surtout d’agir dans les négociations pour les préserver. Tant que la politique des entreprises sera motivée par les bénéfices des actionnaires et pas par leur utilité sociale, on ne peut pas attendre d’elles qu’elles jouent leur rôle écologique.
De l’autre côté, la Fédération internationale des syndicats, relayée par la Confédération européenne des syndicats (CES), dit bien timidement que les salariés
devraient être mieux représentés dans les négociations. Les restructurations nécessaires pour rendre la production moins polluante risquent de servir d’excuse
à des licenciements massifs et à la dégradation des conditions de travail. Les ouvriers apparaîtront une fois de plus dans le rôle dans lequel essaient de les cantonner
certains écologistes des classes moyennes, comme des conservateurs plus soucieux de leur emploi que de la planète. Pour conjuguer politique sociale et écologie,
il faut donc exproprier les actionnaires et confier les entreprises à celles et ceux qui y travaillent.
Le climat est une question planétaire, qui dépasse toute idée de frontières ou d’états. Pour gagner la bataille du climat et restaurer la planète de manière durable, il faut dépasser donc les limites des États, abolir les frontières et se doter de véritables institutions planétaires.

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