Les violences faites aux femmes… par les médecins aussi

La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes est célébrée le 25 novembre. En 1993, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui l’a défini comme « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ».

Ce type de violence n’est pas l’apanage de quelques « déviants » isolés. 35% des femmes et filles sont exposées à une forme de violence physique et/ou sexuelle au cours leur vie. En France, malgré l’obstination médiatique à les qualifier de « crimes passionnels », les violences conjugales ont tué 118 femmes en 2014 ; entre 2010 et 2012, 83 000 femmes ont été victimes de viols ou tentatives de viols par an et 83% d’entre elles connaissent leur agresseur. Sous la pression des associations et des professionnel-les, le gouvernement a mis en place des outils pour tenter de protéger les femmes victimes de violences sexuelles, de harcèlement sexuel, de violences au sein du couple, de mariage forcé ou de mutilations sexuelles. Les dispositifs institutionnels de lutte contre les violences faites aux femmes sont notamment sur le site stop-violences-femmes.gouv.fr ; le 39 19 est la ligne d’écoute anonyme et gratuite à appeler en cas de violences.
Un pan entier des violences quotidiennes reste cependant impensé, au point qu’un article écrit par Martin Winckler sur le sujet a été refusé par les directrices du
Livre noir de la condition des femmes (2006). Il s’agit des violences faites aux femmes par celles et ceux qui devraient les soigner : les médecins.
De manière générale, les femmes sont les grandes oubliées de la médecine. Les différences biologiques entre femmes et hommes ont des conséquences mal connues (parce peu ou pas étudiées) sur la santé : la majorité des informations médicales repose sur des expérimentations exclusivement réalisées sur des mâles. Les maladies cardiovasculaires représentent un cas d’école. Considérées comme une pathologie d’homme, elles sont en fait la première cause de mortalité chez les femmes.
Les femmes servent pourtant parfois de terrains d’expérimentation. Mais sans leur consentement, une fois endormies, pour que des étudiant-es en médecine
puissent s’entraîner à faire un toucher vaginal ou rectal. Cas suffisamment fréquents pour qu’une cinquantaine de médecins, journalistes et féministes publient le 6 février dernier une tribune contre ces pratiques.
En ce qui concerne la contraception, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou encore l’accouchement, les femmes n’ont accès ni à l’information, ni au libre choix des soins. Pour beaucoup de médecins, la contraception est perçue comme un « confort » pour les femmes, non comme la prévention d’une grossesse non désirée. Et l’indifférence, voire l’hostilité, des médecins et des pouvoirs publics à l’égard de l’IVG, transforme l’accès à ce droit en parcours d’obstacles.
On trouvera une liste de soignant-es en gynécologie avec une approche féministe sur gynandco.wordpress.com
En matière de sexualité, de grossesse et de contraception, comme pour l’ensemble des questions de santé, nous avons besoin de professionnels qui nous répondent clairement, loyalement et sans jugement moral.

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