Les primaires de Droite 2016

Avec François Fillon, la contre-révolution traditionaliste et patriarcale

Les primaires de la Droite ont monopolisé l’espace médiatique et ont mobilisé les débats, plus ou moins politiques, ces dernières semaines. Elles ont surtout mobilisé 4 millions de personnes qui se sont déplacées pour voter au premier tour, le 20 novembre.

D’abord, il me semble utile de mettre l’accent sur cette mobilisation, sans précédent, dans un pays où désigner un candidat était surtout l’affaire du Parti et où la culture des primaires était quasi-inexistante. Cela démontre, tout en relativisant le chiffre de 4 millions sur le nombre total d’inscritEs, un certain engouement pour le débat politique venu d’une population non-encartée. Ce qui est également évident c’est que cette occupation de l’espace politique vient, malheureusement, pour l’essentiel des tranches les plus réactionnaires de la société.

Le résultat ne trompe pas. Entre les propos démagogiques et les délires identitaires, voire racistes et antisémites, les sept candidats, dont une candidate, dans la course aux primaires ont eu à quelques nuances près les mêmes propositions économiques, à savoir : le retour aux 39 heures voire plus, décaler l’âge du départ à la retraite, la casse du service public avec la suppression des emplois, toujours plus de subventions pour les entreprises du secteur privé, l’augmentation du taux de la TVA, et la mesure qui faisait l’entière unanimité, la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), etc.

Rien de très concret sur le chômage, à part en créer davantage de toute évidence, et augmenter le temps et les années du travail. Aucune proposition réelle sur l’écologie qui est une urgence absolue pour tout le monde sauf apparemment pour les candidats de droite à la présidentielle, sans oublier les délires climato-sceptiques de Nicolas Sarkozy. Un petit rappel formel sur les droits des femmes et l’égalité homme/femme, immédiatement démenti par le taux de la présence des femmes dans leur propre élection.

C’est donc François Fillon qui en ressort gagnant avec une écrasante majorité des votes exprimés, suivi par Alain Juppé. En vue du programme quasiment identique dans les grands axes, on pouvait s’attendre à une course serrée, mais il en était rien. Au-delà des propositions programmatiques, c’est bien le projet social qui a désigné le candidat et c’est bien la population la plus réactionnaire de la société qui s’est exprimée.

François Fillon est le représentant de la Droite dure, réactionnaire, conservatrice et catholique intégriste. Ses positions ambiguës sur par exemple le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou bien le mariage pour tous ont joué un rôle primordial pour les électeurs et les électrices. Sa défense du « valeur travail », des valeurs familiales et traditionnelles, son image de « père de famille » irréprochable ont séduit l’électorat et l’ont fait concrétiser ses fantasmes moyenâgeux dans les urnes.

Il n’est pas étonnant que, au lendemain du premier tour, Alain Juppé mette l’accent sur « la France de demain » et qu’une femme, Isabelle Juppé, monte au créneau pour défendre sa candidature. Il s’agit bien du seul point qui différenciera les deux candidats. Les deux sont d’accord pour achever ce que la Loi Travail a commencé. La question est de savoir si les seuls droits des salariéEs seront envoyés au 19ème siècle ou bien la société toute entière et notamment les droits des femmes.

Dans une période où le virilisme et l’attitude guerrière de Vladimir Poutine suscitent une vénération malsaine, de l’extrême droite à l’extrême gauche, les liens du président-dictateur russe avec François Fillon ont également eu une importance dans la victoire de la ligne socialement réactionnaire dans les primaires à Droite. Cela s’inscrit dans la continuité de la présence toute-puissante de Poutine , la réélection de Reçep Erdogan en Turquie, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, et maintenant de la victoire écrasante de François Fillon aux primaires de la Droite etc. Ça concrétise de plus en plus ce retour d’une force politique traditionaliste et patriarcale, en France, Europe et dans le monde.

Au moment où l’Etat Islamique commence, et fort heureusement, à compter ses derniers jours en Syrie et en Irak, on assiste à une nouvelle menace obscurantiste. Celle-là ne décapite pas les gens sur Youtube et n’envoie pas les kamikazes se faire exploser dans les salles de concerts. Elle se voile d’une allure douce, sereine et rassurante. Elle tchatche dans un salon de jardin avec Karine Lemarchand sur M6, pilote les drones et parle de ses enfants et le bonheur qu’ils lui apportent. Tout en remettant en cause, d’une manière totalement « démocratique » mais aussi par la répression dont le renforcement est justement promis par François Fillon, tout le progrès social, les droits des salariéEs et les droits des femmes, même purement formels, obtenus par des luttes ces dernières décennies.

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