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[Europe Forteresse] Plus de 300 exilé-es mort-es en un jour. L’ONU indifférente face à la politique anti-migrant des Etats européens

Plus de 300 personnes seraient mortes noyées en une seule journée cette semaine en Méditerranée. Si les gens fuient les guerres, la misère, les pollutions, les dictatures et les petits règlements de compte à travers le monde, ces morts insoutenables et inacceptables sur la route d’exile sont le résultat direct de la politique sécuritaire et répressive de « l’Europe Forteresse » qui vient de franchir un cap. L’ONU a encore acté le 19 septembre lors de son sommet sur les réfugié-es  son indifférence aberrante face à la politique du repli sur soi de ses Etats membres, notamment européens. A cela s’ajoute un silence assourdissant face au bombardement le jour même d’un convoi humanitaire en Syrie par l’aviation du régime Al-Assad aidé par son allié, Poutine.

Plus de 300 personnes seraient mortes noyées en une seule journée cette semaine en Méditerranée. 162 corps ont été repêchés  et plus de 150 personnes sont toujours portées disparues après un naufrage d’une embarcation dans la nuit de mercredi à jeudi au large d’Egypte. Entre 450 et 600 personnes avaient embarquées ce mercredi là pour partir vers l’Europe. Parmi elles, des familles entières, des hommes, des femmes et des enfants, originaires de Soudan, Erythrée, Somalie, Egypte etc. Toutes rêvaient d’une vie meilleure en Europe. La seule chose que la politique des pays européens avait à leur proposer, c’est de les livrer à leurs complices, les réseaux mafieux, et les expédier vers la mort.

En effet, pendant que le bilan de cette hécatombe s’alourdissait de minute en minute et quelques heures seulement après cette hécatombe, on apprenait que les pays de l’Union Européen ont augmenté les moyens de surveillance, de contrôle et d’expulsions, bref de leur politique de « L’Europe Forteresse ». Les pays européens dans leur guerre contre un ennemi imaginaire voulaient absolument renforcer le mandat de Frontex, cette agence européenne qui opère aux frontières extérieures notamment face aux réfugié-es. Frontex bénéficiait déjà d’une quasi liberté et surtout d’une impunité totale, étant déjà mis en cause plusieurs fois, dont en aout 2016, pour un usage systématique de la force, y compris par armes à feu.

Les Etats membres de l’Union Européenne renforcent le mandat de Frontex et leur politique sécuritaire et répressive face aux exilé-es

Avec l’aval du Conseil de l’UE, le mandat de Frontex est donc à nouveau modifié et il est renommé en « agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ». Selon les pères de ce nouveau projet sécuritaire et répressif à l’égard des migrations, cela renforcera les moyens d’action des forces européennes en vue de stopper le flux des réfugié-es. Malgré tous les morts et un besoin vital d’y répondre en ouvrant des voies sures, les pays européens se dotent au contraire des forces capables de se déployer encore plus rapidement aux frontières extérieures, et au-delà. Le but est clair : barrer la route aux réfugié-es, donc augmenter le danger et les risques des voyages pour ces gens-là. Cette force de répression avait déjà le droit d’intercepter toute personne qui essaye de franchir les frontières européennes. Le nouveau mandat lui permet désormais de débarquer ces personnes dans les pays même non européens. Ce qui est totalement contraire au principe de « non refoulement » et aux décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme.

L’aberration va encore plus loin. Cette nouvelle agence européenne pourrait également conclure des accords de coopération et organiser des opérations communes avec un certain nombre de pays, sans aval ni contrôle du Parlement européen. Ca donnera incontestablement des alliances de « guerre contre les réfugié-es » avec les pays qui bafouent les droits humains, comme c’était le cas avec les accords de la honte entre l’EU et la Turquie. Il n’était pas étonnant qu’un organe réactionnaire européen tel que le Conseil de l’EU, représentant les états et leurs politiques, valide ce nouveau mandat de Frontex. Mais on peut légitimement se demander comment ça se fait que le Parlement européen, censé défendre les principes démocratiques européens aussi limités soient-ils,  se tire une balle dans le pied ? Cela montre bien que l’Union Européenne ne serait pas une entité indépendante et autonome, comme les nationalistes veulent bien nous la présenter, mais bien un outil de contrôle et d’exécution des politiques nationales (et nationalistes), notamment des pays européens les plus influents, comme la France.

En France, comme ailleurs en Europe, des discours xenophobes et identitaires de plus en plus inquiétants.

La France  est donc partie prenante dans cette guerre contre les réfugié-es et les dernières mesures sont totalement en accord avec sa politique sécuritaire et répressive à l’égard des exilé-es. La course à la présidentielle et la surenchère des discours identitaires du « repli sur soi », de droite comme de gauche, l’amalgame voulu entre les « réfugié-es » et le « terrorisme » que l’on peut trouver même dans les documents et discours officiels, la stigmatisation et les expulsions, nous éloignent de plus en plus de la perspective d’une politique d’ouverture. Ils nous éloignent de plus en plus également de la fin des morts en méditerranée et des conditions de vie inhumaines de peu qui arrivent en France. Et nous rapprochent indéniablement de ce qui se fait déjà en Hongrie ou en Bulgarie, et dans d’autres Etats membres de l’UE, à savoir : les clôtures barbelées et les ratonades des milices nationalistes.

C’est bien en rappelant la situation des réfugié-es à travers le monde et en invitant à la lutte contre les discours identitaires et xénophobes et à une politique d’ouverture, notamment en Europe, que Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), a ouvert le haut sommet de l’ONU lors de laquelle la question des réfugié-es a été discutée.

Moins d’arrivées, mais la 2016 sera l’année la plus meurtrière pour les réfugié-es. Les engagements pris par l’UE en 2015 remplis à… seulement 5%

En 2016 malgré une baisse d’arrivées, la situation est bien pire qu’en 2015 avec le nombre de mort qui risque de devenir un triste record. Les pays européens ont fait une pression énorme politique et économique sur les petits pays des Balkans pour « sécuriser leurs frontières » et de ce fait fermer « la route des Balkans » vers la fin de 2015. Les patrouilles de Frontex patrouillent au large d’Egypte et Lybie, entre autre. Mais rien de tout ça n’arrête ni les guerres, ni la misère, ni les dictatures… ni aucun autre raison qui pousse des centaines des milliers de personnes à abandonner leurs foyers et partir. Toute la politique répressive mise en place par les Etats européens rend difficile, parfois impossible, le chemin d’exile vers l’Europe, mais elle ne l’arrête pas. Le résultat le plus direct est le nombre de morts qui explose et dont on se rend directement complice.

En prenant en compte juste le bassin méditerranéen, Plus de 300 000 exilé-es ont entrepris la dangereuse traversée de la mer Méditerranée dans les 9 premiers mois de 2016, selon les chiffres publiés le 18 septembre par le HCR, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. Ce chiffre est certes inférieur aux 520 000 arrivées enregistrées au cours des neuf premiers mois de 2015, mais il est supérieur aux 216 054 arrivées enregistrées sur toute l’année 2014. Et cette année, que le pays d’arrivée soit Italie ou la Grèce, ce trajet est particulièrement meurtrier. Le nombre de personnes décédées ou portées disparues jusqu’à présent est de 3211, et ce chiffre ne prend pas en compte les récents naufrages. On arrivera très vite au nombre total de victimes pendant toute l’année 2015 qui est de 3 771. Il s’agit des chiffres officiels donc minimalistes.

Les arrivées en Italie cette année suivent la même tendance que l’année dernière, 130 411 réfugiés étant entrés en 2016, comparés aux 132 071 arrivées au cours des neuf premiers mois de l’année dernière. Les demandes d’asile ont plus que doublé en Italie étant donné que bien plus de personnes y restent. L’une des raisons c’est la frontière fermée vers la France. 158 000 personnes sont actuellement hébergées en Italie, dont la majorité vient de Nigéria et Erythrée, suivent Gambie, Guinée, Soudan, Côte d’Ivoire.

En revanche, la Grèce a connu une forte baisse des arrivées, passées de 67 415 en janvier à environ 2 000 à ce jour en septembre, ce qui conduit à un total de 165 750 cette année, soit une diminution de 57% par rapport aux 385 069 arrivées enregistrées en Grèce au cours des neuf premiers mois de l’année dernière.  Les personnes qui arrivent en Grèce sont pour 48% de Syrie, 25% d’ Afghanistan, 15%  d’Iraq, 4% de Pakistan et 3% d’Iran.

Après une route d’exile extrêmement difficile et une dangereuse traversée maritime qui se solde souvent par des naufrages et morts, arrivent des conditions inhumaines dans les « camps et centres d’accueil » notamment en Grèce et Italie, mais aussi dans d’autres pays. Les mauvaises conditions de vie, l’attente, l’incertitude,  combinées à un sentiment général d’insécurité créent des situations conflictuelles parmi les exilé-es. A cela s’ajoutent également des ratonades venant des groupes de l’extrême droite. Les événements récents dans le centre d’accueil de Moria sur l’ile grecque de Lesbos en sont le parfait exemple. Les versions divergent entre les tenants d’une attaque des milices de l’extrême droite et ceux qui prétendent qu’une bagarre avait éclatée entre les résidents. Quelle que soit la version, un incendie a obligé plus de 5000 personnes, dont beaucoup de familles avec les enfants mais aussi des mineurs non-accompagnés, de quitter le camp. Il faut savoir que, selon UNHCR, la capacité d’accueil de Lesbos est de 3500 personnes alors que près de 6000 personnes s’y trouvent actuellement. Ce point d’accueil, comme plein d’autres, est dont totalement saturé.

Parmi les exilé-es, la situation des femmes et des mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante.

Et pendant ce temps là, face à désespoir de tous ces êtres humains, face à la mort, la seule réponse concrète des pays européens est sécuritaire et répressive. Même le bilan des engagements, largement insuffisants, pris il y a un an par les Etats membres de l’UE visant à relocaliser 160 000 demandeurs d’asile principalement à partir de la Grèce et de l’Italie vers les autres pays européens prêterait à rire si ce n’était pas si sérieux et révoltant. Jusqu’à présent, moins de 5 000 demandeurs d’asile ont été relocalisés, soit à peine 3% de l’objectif !

L’ONU… encore un sommet pour rien !

C’est donc dans ce contexte là de total désengagement international et où une bonne partie des Etats membres de l’UE se replient de plus en plus sur eux-mêmes que s’est ouvert le sommet de l’ONU sur la question des réfugié-es ce 19 septembre. Sans se faire trop d’illusions, les attentes et espérances étaient tout de même conséquentes. Les réfugié-es eux/elles-mêmes d’abord, les ONG et toutes les personnes solidaires ensuite attendaient des mesures concrètes et d’urgence à la hauteur de la situation et des enjeux. Au bout du compte, c’était encore un sommet de l’ONU pour absolument rien.

Ban Ki-Moon, comptait proposer un Pacte mondial sur les réfugiés demandant aux gouvernements de s’engager à accueillir 10% des réfugiés mondiaux chaque année. Une mesure insuffisante mais c’était déjà trop pour les nationaux. Le pacte sera adopté qu’après 2018, et encore… En fait, tout a été fait par les Etats de vider toutes les propositions de l’ONU de toute substance. Tout a été fait pour que rien ne les oblige à accueillir les réfugié-es.

Un résultat si honteux que même un dictateur comme Erdogan, dont le pays accueille près de 2 milions de réfugié-es, le trouvait scandaleux.

Il est à noter le silence pesant d’un acteur de l’ONU, la Russie. En effet, le jour même l’aviation d’Al-Assad et de son allié Poutine a bombardé un convoie humanitaire qui devait arriver à Alep assiégé, tuant 12 chauffeurs et travailleurs humanitaires. Et c’est exactement ce type d’agissement qui pousse des centaines de milliers de gens, des millions, à fuir.

Donc, au final, une petite misérable déclaration des Etats membres de l’ONU, quelques discours sans aucun acte derrière et une enveloppe de 100 millions d’euros promise par la Chine, alors que le jour même l’homme d’affaire Soros tout seul a fait un don de 500 millions… Même des engagements par rapport à l’accueil de 10 petits %  de réfugié-es doivent attendre la 2018.

Sauf que la vie n’attend pas elle. La mort, non plus.

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