La loi Santé – Les femmes, encore et toujours grandes oubliées du projet gouvernemental de la société

La « Loi de modernisation du système de santé » se veut égalitaire. Le site du gouvernement affiche clairement que la loi santé veut « moderniser notre système de santé pour le rendre plus juste et plus efficace dans le monde d’aujourd’hui ». L’égalité d’accès pour toutes et tous était donc un leitmotiv de Marisol Touraine tout au long de la défense de son projet. Il était évident qu’en vue de toutes ces annonces, on s’attendait à ce que beaucoup de choses soient faites pour celles qui, majoritairement, y travaillent et représentent au moins la moitié des usagers. C’est-à-dire, les femmes.

On pourrait saluer certaines mesures : La suppression du délai de 7 jours de réflexion dans le cas d’un recours à l’Interruption Volontaire de Grossesse qui, par la même occasion, confirme le droit inconditionnel à l’IVG dans une période d’offensive réactionnaire, en France comme ailleurs en Europe. La mise en place d’un numéro unique d’information sur la contraception, la sexualité et l’IVG devraient faciliter l’accès aux réponses à nos questions. La prise en charge par la Sécurité sociale des jours d’absence dans le cadre d’un processus de la PMA aidera des dizaines de milliers de couples qui y ont recours chaque année et c’est surtout les femmes qui sont sollicitées lors du processus et doivent donc s’absenter de leur lieu de travail. La lutte contre l’anorexie. La dérogation d’autorisation parentale pour des mineures, dans certains cas, pour des consultations chez une sage-femme ou gynécologue…

Et c’est à peu près ça !

Toutes ces mesures seraient objectivement une avancée, si au fond elles ne restaient symboliques et assez timides comparées à la problématique de la place des femmes dans la médecine. Comme l’a constaté, et à juste titre, Pauline Vernon en novembre 2015 : « De manière générale, les femmes sont les grandes oubliées de la médecine. Les différences biologiques entre femmes et hommes ont des conséquences mal connues (parce que peu ou pas étudiées) sur la santé : la majorité des informations médicales repos sur des expérimentations exclusivement réalisées sur des mâles. Les maladies cardiovasculaires représentent un cas d’école. Considérées comme une pathologie d’homme, elles sont en fait la première cause de mortalité chez la femme. » Malgré quelques mesures citées ci-dessus, les femmes, en tant que telles, restent aussi assez oubliées dans la reforme de l’accès à la santé du gouvernement « socialiste ».

Même si d’un côté la loi confirme le droit inconditionnel à l’IVG en France, de l’autre avec la reforme des hôpitaux et la mise en place des GHT (groupements hospitaliers de territoire), ce sont bien les maternités à côté des urgences, ainsi que des services sociaux dont plannings familiaux dans le cadre de toute la palette de mesures d’austérité, qui en subissent les conséquences. En clair, ça veut dire que la loi confirme le droit à l’IVG, ainsi qu’un remboursement à 100% (déjà en partie en vigueur depuis 2013) tout en enlevant les outils aux femmes pour y accéder le plus facilement possible. La proximité des services de santé et leurs pluralités restent un problème majeur et la loi santé l’aggrave.

Par la suite, malgré les mesures en faveur de l’information sur la contraception, la loi ne prévoit absolument aucune obligation pour les professionnels de respecter le choix des femmes, même s’il s’agit d’une problématique récurrente et très pénalisante pour un bon nombre. Pas un mot, non plus, sur la formation spécifique des professionnels de santé par rapport à la contraception, qui, sous-entendu, reste essentiellement « féminine ». Le seul passage où la loi mentionne la contraception masculine, limitée à des préservatifs, il est bien plus lié à la prévention de SIDA qu’à une réelle volonté d’amorcer un travail sérieux sur le partage équitable de cette charge qui repose essentiellement sur les femmes et son rôle « reproductif » dans la société. Les réformes du gouvernement ne sont pas prêtes de changer ça. Comme les mesures contre l’anorexie ne sont pas prêtes à changer l’image de « femme-objet » promue par les publicistes.

Finalement, même si la loi marque une nouveauté avec la prise en charge par la Sécurité sociale des jours d’absence dans le cadre d’une PMA, rien n’est dit par rapport aux absences dues à un ou plusieurs enfants malades, ce qui est un problème bien concret pour une bonne partie parmi nous. On aurait pu au moins attendre, comme dans le cadre d’une PMA, un rallongement des jours d’absence et leur prise en charge par l’Assurance-Maladie pour raison d’un enfant malade, ce qui permettrait en effet un meilleur accès aux soins et faciliterait la vie notamment aux femmes isolées avec des enfants qui sont souvent appelées à jongler entre le travail, souvent précaire, et les besoins d’enfants, notamment en bas âge.

Dans ce cas aussi, comme pour le Tiers Payant Généralisé finalement retouché par le Conseil Constitutionnel, des avancées partielles, incomplètes et franchement timides.

Et lorsqu’on y ajoute les mesures directement liées aux conditions du travail du personnel médical, majoritairement les femmes, on note des nets reculs. Les difficultés actuelles sont régulièrement dénoncées par des salariées : les plannings devant être prévus pour l’année en cours dans certains hôpitaux, peu de place pour l’imprévu, le rappel du personnel sur les jours de congés, les horaires qui se prolongent, la précarisation des contrats qui se généralise, le non-renouvellement des contrats pour celles qui « osent » prendre un congé maternité etc.

En pensant aux conditions avec l’arrivée des GHT on peut craindre le pire : personnel envoyé à des kilomètres de son lieu d’habitation sans compensation financière ni mode de garde adéquat pour les enfants…changement perpétuel d’horaire « suivant les nécessités de service », et bien entendu, des contrats précaires en continu.

Il est évident que le gouvernement a un projet de société, en adéquation avec la classe qu’il représente et conforme aux « pactes de stabilité », « obligations budgétaires » et autres mesures d’austérité. Ce projet est aux antipodes de l’aspiration des travailleuses et précaires et leur émancipation. Nous devons réaffirmer les revendications concrètes pour un monde meilleur.

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