Laïcité : il faudra bien rouvrir la question scolaire

La “question scolaire” n’est plus à l’ordre du jour, paraît-il. Pourtant, en des temps de rigueur budgétaire et de réduction des déficits publics, il serait opportun de la rouvrir. La création d’une école publique, laïque, gratuite et obligatoire, selon la formule consacrée, est considérée comme l’un des piliers de la République. Au terme de luttes intenses, un compromis avait été trouvé avec les cléricaux : le maintien, à côté de l’enseignement public, d’un enseignement privé, presque exclusivement confessionnel et majoritairement catholique. La gauche laïque veillait rigoureusement à ce que pas un centime d’argent public n’aille au privé et l’église veillait à l’indépendance de son école vis-à-vis de l’État.

La tentative, en 1983, d’en finir avec ce compromis pour annexer l’école privée avait échoué face à la mobilisation de la droite catholique, et cet épisode avait joué un rôle décisif dans le virage libéral du gouvernement issues des élections de 1981.

Depuis, les lignes se sont brouillés. Avec la généralisation de l’enseignement privé sous contrat, l’État finance très largement l’enseignement privé. Ses enseignants, jadis en majorité des religieux, ne sont même plus choisis sur un critère confessionnel. Leur recrutement diffère d’autant moins de celui du public que les concours sont unifiés. De toute façon, mes cours de religion y sont souvent optionnels et les élèves ne sont pas tous de la confession affichée par l’école. Pour avoir une valeur reconnue, les diplômes des lycées et universités privées sont délivrés par le public. Bref, dans les faits, la distance s’est estompée.

En apparence, c’est une victoire de l’école publique, qui a presque absorbé et déconfessionnalisé l’école privée. Mais cette apparence est trompeuse. Cette situation est à l’avantage de l’école privée, donc pour l’essentiel de l’église catholique, qui serait sans cela incapable de financer ses établissements. Cela permet à l’église catholique de vivre très au-delà de ses moyens et de conserver dans la société une audience sans commune mesure avec sa réalité.

Le compromis scolaire, fondé sur une situation où l’église catholique était forte et disposait d’une audience immense, est caduc. Aujourd’hui, c’est l’État français qui soutient à bout de bras l’église catholique et son école. Après tout, nombre de personnalités politiques, même de gauche, préfèrent mettre leurs enfants dans les écoles privées les plus prestigieuses de Paris plutôt que de les envoyer dans une école publique qu’elles méprisent. Si elles brandissent volontiers la laïcité comme un flambeau, elles ne la pratiquent guère.

Pour sortir de ce décalage, il faudra bien rouvrir la question scolaire. Les écoles privées qui le souhaitent doivent pouvoir intégrer pleinement le giron de l’école publique, avec tout ce que cela comporte. Les autres doivent assumer leur choix, c’est-à-dire renoncer aux fonds publics. Le vieux slogan “A école publique, fonds publics, à école privée, fonds privés” est toujours d’actualité.

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