Le M1717 et la réorganisation de la gauche en France

Benoit Hamon vient d’annoncer qu’il quittait le Parti socialiste pour fonder le mouvement du 1er juillet (M1717). C’est un paradoxe étrange pour celui qui était officiellement le candidat dudit Parti socialiste aux présidentielles. Il est vrai qu’on a rarement vu un parti politique autant savonner la planche à son propre candidat. Il fait cette annonce juste après que son rival aux primaires, Manuel Valls, ait lui-même annoncé son départ au profit de la « majorité présidentielle ». Des sept candidats à la primaire socialiste, seuls deux (Vincent Peillon et Arnaud Montebourg) sont encore, à ce jour, membres d’un Parti socialiste qui a également perdu son premier secrétaire, démissionnaire après la déconfiture législative. Voulue par la direction du PS pour élargir sa base avant les élections, les primaires ont accéléré sa crise en faisant émerger Benoît Hamon au leu du candidat attendu. Quoique la mort du PS ait été annoncée de nombreuses fois sans se réaliser, il semble bien mal en point. Les régionales et les départementales lui avaient porté un coup, les sénatoriales en cours risquent de lui en apporter un nouveau, et il lui reste trois ans pour se déchirer avant les municipales.

Les partisans de Jean-Luc Mélenchon ne manquent pas de dénoncer la création du M1717 comme une copie de la France insoumise. Les analogies ne manquent pas. Comme Mélenchon, Benoit Hamon a fait toute sa carrière au parti socialiste, même s’il y sera resté un peu moins longtemps au total. Comme à la France Insoumise l’accent est mis sur l’environnement, ce qui est pourtant la moindre des choses dans une planète menacée à très court terme par une catastrophe climatique. Les deux partis partagent un ADN commun et ça se voit dans la manière dont ils abordent les questions économiques et sociales. Il y a pourtant une différence de fond, pour autant qu’on puisse en juger de ces que le M1717 a choisi de mettre en avant sur son suite, c’est la question européenne et plus largement, celle des institutions internationales. C’était déjà l’un des axes de division majeurs lors des présidentielles.

Sur ce point, le M1717 hérite effectivement des apports du socialisme démocratique, là où la France insoumise hérite des accents les plus nationalistes et des attitudes du stalinisme. Pour le reste, le contenu précis du M1717 reste encore à découvrir. Les premiers contenus référencés sur leur site ne diffèrent guère en apparence d’un parti comme Nouvelle Donne, au point que des articles de Pierre Larrouturou, son candidat, sont cités en références. Rien d’étonnant à cela puisque ce dernier était, avec Mélenchon, l’un des signataires de la motion Hamon au congrès du PS en 2008.

La naissance du M1717 se déroule dans un contexte de réorganisation à gauche. La France Insoumise, forte d’un groupe parlementaire, cherche à se structurer sur le long terme. La savante alchimie d’EELV se disloque peu à peu. Après une vaste hésitation lors de cette longue séquence électorale, le PCF, qui a maintenu son propre groupe envers et contre tout, cherche les moyens d’exister aux côtés de la FI, malgré l’étroite imbrication de leur base locale. Son secrétaire général, Pierre Laurent, vient d’évoquer la possibilité d’un changement de nom, au grand dam des réseaux conservateurs au sein du parti. Il a, ces derniers temps, multiplié les appels du pied à Benoit  Hamon, partenaire plus stable et plus fiable que l’impétueux Jean-Luc Mélenchon. Par un clin d’œil amusant, c’est Christian Piquet, récemment rallié au PCF, qui a été chargé de représenter son nouveau parti au meeting de fondation du M1717. Sans doute fallait-il un connaisseur des réseaux d’ex-trotskistes qui charpentent le Parti socialiste et ses scissions. Le nom même de M1717 ne veut rien dire, ne commémorant que sa propre création comme si c’était un grand moment d’histoire. Mais cette absence volontaire, qui est plus vide encore que le « signifiant vide » à la mode dans le populisme philosophique, peut servir à ménager le futur, comme un regroupement entre ce mouvement et une partie du PCF débarrassé de ses pesanteurs et de ses liens inextricables avec la FI. Les semaines et les mois à venir seront révélateurs à cet égard.

Cette évolution, encore pleine d’incertitude, prend place dans un contexte international de renouveau de la gauche. Cela a d’abord été la Grèce, avec l’arrivée au pouvoir de Syriza dans un contexte de crise. Tsipras a déçu les espoirs placés en lui à l’échelle internationale, mais à décharge, le poids de la petite Grèce sur le marché mondial ne lui laisse qu’une faible marge de manœuvre. Ensuite, il y a eu la spectaculaire montée en puissance de Podemos, qui a su mettre en scène son léninisme à la sauce Chaviste pour en faire un grand succès électoral. Un succès qui inspire beaucoup de monde, Emmanuel Macron compris, quand à la méthode. Puis la montée de Jeremy Corbyn au sein de Labour, au Royaume-Uni, qui a montré que le mouvement ouvrier britannique réservait encore des surprises et savait peser sur les instances du vieux parti travailliste. Puis encore la spectaculaire progression de Bernie Sanders lors des primaires démocrates aux USA : pour la première fois depuis un siècle, un candidat se réclamant ouvertement du socialisme, inspiré par la social-démocratie scandinave, parvenait à mener une campagne très populaire dans ce pays. Sans surprise, le M1717 se réclame de ces deux derniers, Corbyn et Sanders.

Il ne s’agit pas seulement de manœuvres d’appareil, même si les capacités politiques sont essentielles : c’est un mouvement de fond qui est à l’œuvre à l’échelle internationale. Le monde du travail s’exprime à travers ces cadres, quelques soient leurs limites et leurs défauts. Il inflige des défaites aux vieux appareils. Il faut en tenir compte pour apprécier les possibilités de la  période actuelle.

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