t Le Président de l'Agence du service civique et quelques uns des premiers volontaires

Le service civique ou l’embrigadement national et le permis d’exploiter

Dans la continuité de ce que la droite avait déjà commencé, l’Assemblée nationale, avec une majorité « de gauche », a adopté un amendement proposé par des députés socialistes. Cet amendement vise à expérimenter un service civique « universel et obligatoire » pour les 18-25 ans. Partant d’un constat que les jeunes, et notamment des quartiers populaires, ne sont pas suffisamment attirés par le service civique actuel « volontaire », les députés le rendent donc obligatoire pour toutes et tous avec, avant tout, trois mois d’endoctrinement « républicain ». S’en suivront six mois de missions « d’intérêt national », souvent à l’opposé d’un intérêt collectif et tout contraire de l’intérêt de la jeunesse, payées à lance-pierre les préparant à l’exploitation, les bas-salaires et la précarité.

Lors de ses vœux à la jeunesse, après les attentats terroristes du mois de novembre 2015, François Hollande avait déjà annoncé vouloir généraliser le service civique en passant de 70 000 personnes entre 16 et 25 ans à 350 000 pour 2018, ainsi que sa volonté de créer un « livret citoyen » accompagnant les « jeunes » jusqu’à leurs 25 ans. Mais il s’agissait d’une future mesure qui devait être bâtie sur la base de volontariat de 2010 et non d’une mesure « obligatoire ».

Le service civique, un projet des réactionnaires qui n’ont jamais fait le deuil du service national obligatoire

Le service civique était avant tout un grand projet de la droite que Martin Hirsch, alors secrétaire d’État, a finalement mis en place en 2010. La mesure a été adoptée à une large majorité et saluée par la droite comme par la gauche. Inutile de préciser qu’un tel service civique est très cher à tout populiste digne de ce nom à la chasse aux voix de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. C’est une forme d’emploi précaire déguisé avec une rémunération bien en dessous du seuil de pauvreté. La rémunération se situait entre 573,65 € et 680,03 € par mois selon les situations, dont jusqu’à 80% versé par l’État. Créé, d’après l’ancien Secrétaire d’État, pour encourager à l’engagement citoyen, renforcer la cohésion nationale et favoriser la mixité sociale, le service civique n’a fait que préparer une génération de jeune à la misère qu’est le salariat précaire de plus en plus généralisé. De plus, si le service civique permet de cotiser pour les retraites, il ne permet pas de cotiser pour le chômage, entre autre. Bref, tout a été fait pour fournir à certains secteurs d’activité, comme l’éducation, la santé et le social, l’animation ou encore le secteur sanitaire, des milliers de jeunes « motivé-es » et sous-payé-es.

Une mesure qui cible avant tout les jeunes des « quartiers populaires »

Depuis 2010, le pouvoir a constaté que le volontariat « restreint » l’accès à ce service à de nombreux jeunes soit par manque d’informations soit par manque de moyens, notamment des jeunes des « quartiers populaires », comme précisé dans le texte de référence. Donc dans un contexte où la jeunesse était la première mobilisée contre la « loi travail » et reste très mobilisée et active, les autorités décident de s’en occuper, dans un souci de « cohésion sociale » et « l’engagement citoyen des jeunes ». L’amendement socialiste adopté 28 juin généralise donc cette mesure de 2010 en rendant le service civique « universel et obligatoire » pour tous les jeunes entre 18 et 25 ans à titre expérimental pour une durée maximale de trois ans.

Premier objectif : Embrigader, endoctriner et empêcher tout esprit critique par rapport au capitalisme et la dictature bourgeoise

Le nouveau service civique prévoit deux périodes d’engagement des jeunes. Une première période de « trois mois de « classe républicaine » du 1er juillet au 1er octobre de l’année de majorité ». L’amendement précise que « ce temps de mixité sociale et culturelle permet l’apprentissage des fondamentaux de la République : découverte des humanités et des symboles de la Nation (histoire, mémoire, droits universels, dignité humaine…) et des grands services publics. Cette première période peut être aussi l’opportunité d’un effort d’égalité quant à des acquis de base (alphabétisation, accès à la santé…). Sur le plan pratique cette première phase présente l’avantage de pouvoir bénéficier d’infrastructures d’hébergements particulièrement disponibles à ce moment de l’année [vacances scolaires estivales]. »

Le « service civique comme berceau de notre démocratie [bourgeoise] » devrait détourner les jeunes des quartiers de tous types de radicalisation et les remettre sur le bon chemin. Et ce sont bien les notions bourgeoises des humanités et de la Nation qui doivent absolument chercher l’adhésion de plus grand nombre. Quelle belle mission qu’éduquer la jeunesse ! Néanmoins, est-ce vraiment le cas ? Si effectivement, l’État considère que l’émancipation de la jeunesse passe par l’éducation, comment ça se fait qu’il y a tant de moyens prêts à être investis pour l’enseignement des symboles de la Nation alors que, de l’autre côté, l’éducation manque de moyens, que des postes et des classes sont continuellement supprimés ? Si l’on considère que le progrès social passe par la pédagogie notamment des droits universels et de la dignité humaine, comment ça se fait qu’on investi autant de moyens pour un cursus de seulement trois mois alors qu’une chose si simple comme ABCD de l’égalité ait pu être retirée des programmes scolaires si vite sous pression des réactionnaires ?

Finalement, quel impact peut réellement avoir le premier été de la majorité passé à apprendre les paroles de la Marseillaise ou encore l’histoire impérialiste et coloniale de la France sur ces jeunes dont les préoccupations sont d’une toute autre nature ?

Second objectif : fournir de la main d’œuvre bas marché et préparer la jeunesse à mieux accepter la précarité et les bas salaires

L’amendement poursuit : « Dans les six ans qui suivent l’année de leur majorité, il est proposé aux jeunes d’effectuer six mois de service civique dans cinq à dix missions d’intérêt national définies par le Parlement. La moitié de ces missions s’appuierait sur des services publics (protection civile, Défense, santé, environnement, etc.). Cet engagement peut être décomposé en deux périodes de trois mois librement choisies par chacun selon son parcours d’études ou professionnel. » Même si les détails devront arriver plus tard par décrets d’application qui définiront ses modalités, ça restera semblable à ce qui existait depuis 2010. Il s’agit des missions précaires, sous-payées, financées en majeure partie par l’État. En clair, on essaye de dessiner une esquisse de ce que les jeunes auront comme future vie professionnelle et la présenter comme « une normalité dans l’intérêt national ».

Alors que bien de jeunes sont déjà engagés dans les activités de «l’intérêt collectif » comme par exemple dans des organisations syndicales, des organisations politiques, des différents collectifs plus ou moins formels ou même simplement dans les associations humanitaires, d’aides aux plus démuni-es, de soutien aux réfugié-es, etc. l’État oppose à cet « intérêt collectif » un « intérêt national » dont il définit les critères et qui aurait une absolue priorité.

Au-delà de retrait de cet amendement, il faut contre-attaquer

On ne peut rester passif-ves face à cette attaque qui met la jeunesse, sa liberté, son émancipation et son esprit critique en danger. Certaines organisations, comme Solidaires-étudiant.e.s , ont déjà lancé une pétition pour le retrait immédiat de cet amendement. Il faut la soutenir comme d’autres initiatives à venir.

Cette proposition met certaines questions en débat et ouvre également d’autres perspectives de contre-attaque. Par cette mesure, les autorités avouent indirectement et malgré elles que l’argent il y en a et suffisamment. Les missions de service civique sont majoritairement financées par les caisses de l’État. Cette enveloppe doit être reversée directement dans le système éducatif actuel, financer les bourses et logements de celles et ceux qui veulent poursuivre les études ainsi que de ces jeunes déjà engagé-es dans les activités associatives, syndicales et politiques. Face à leur « intérêt national », à nous de défendre notre « intérêt collectif » !

De l’autre coté, la simple existence des associations et des entreprises très gourmandes en candidats à un service civique prouve que du travail il y en a, aussi. La première version du service civique est estimée à plus de 80 millions d’heures travaillées payées, par l’employeur, à presque dix fois moins que le SMIC. Il est évident que de telles mesures sont du pain bénit pour le patronat. C’est d’autant plus vrai dans des secteurs d’activité où les salarié-es sont déjà au plus bas salaire, comme le secteur sanitaire, social ou dans la santé, et où le personnel témoigne déjà des conditions déplorables en raison d’un manque cruel d’effectif.

Avec ce type de mesure, ils visent avant tout à museler la jeunesse, surtout dans une période de forts mouvements sociaux, et à fournir de la main d’œuvre bon-marché au patronat. Nous ne pouvons pas se contenter d’un simple rejet. Nous devrons être capables d’y répondre et porter notre vision des choses basée exclusivement sur nos besoins et intérêts.

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