Macron : une majorité sans légitimité

Le premier tour des législatives en France vient de s’achever, ce 11 juin 2017.

La dégringolade du FN

Ce premier nous livre un premier renseignement : la dégringolade certaine du Front National, malgré la mobilisation des inconditionnels. Cette information est suffisamment importante pour être d’emblée soulignée.

Dans les affaires judiciaires jusqu’au cou et plombé par des querelles internes, le parti de l’extrême droite passe de 35% de soufrages exprimés, sur 70% de votants au mois de mai lors de la présidentielle, à environ 13% sur 49,5% de votants un mois plus tard. Ça lui permettra d’avoir quelques députés à l’Assemblée Nationale, mais pas un groupe parlementaire, ce qui y limitera son poids.

Cela ne veut pourtant pas dire que ça limitera son poids dans la société, ni que ça marque le recul des idées de l’extrême droite. C’est pour cette raison que nous ne devrons pas baisser la garde.

Une majorité illégitime, mais dangereuse

A quel point les idées de l’extrême droite sont encrées dans la société et jusqu’au plus haut sommet de l’État, les premières annonces du gouvernement Macron/Philippe le montrent bien.

Outre de la Loi Travail XXL qui renforce la dictature patronale dans les entreprises, on peut citer, entre autres, l’inscription des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun et la répression contre les réfugie-es annoncée par le ministre de l’intérieur. Et c’est bien ce type de reformes qui aura un boulevard devant lui suite à ces élections.

Car, La République En Marche réalise un score qui ne lui donne aucune légitimité représentative mais lui permet quand même d’avoir une majorité plus qu’absolue au sein du Parlement et donc mettre en place le programme de Macron. La Droite, même si bien derrière, sera un point d’appui supplémentaire pour les plans gouvernementaux totalement approuvés par MEDEF.

Pour résumer, Emmanuel Macron a gagné la présidentielle grâce à un vote-barrage contre le FN et pas grâce à ses soutiens qui sont minoritaires et sûrement pas par adhésion à son programme. Malgré cela, il disposera sans aucun doute, à l’issue du second tour, d’une majorité pour le mettre en place. Elle aura été choisie par à peine 13 % de la population disposant du droit de vote. Donc, ce sera une majorité aussi illégitime que lui.

Les raisons de la débâcle

Les raisons de ce score de la droite et du centre dans son ensemble sont multiples. Mais l’une d’elles est sans doute l’état de « la gauche ». Les résultats sont à l’image de cette gauche qui, déjà lors de la présidentielle, n’a pas voulu travailler ensemble.

Cette fois ci, dans quasi totalité des circonscriptions chacune des formations investissait un-e candidat-e. Les points de programme, qu’ils soient identiques ou divergents, sont presque secondaires dans cette histoire.

Ce qui a motivé les mélenchonistes, les communistes, les hamonistes et les écologistes à chercher un maximum d’investitures, ce sont bien la sauvegarde de leurs places et les raisons financières, avant tout. Mais même de ce coté là, en vue de la manière dont ça a été fait et des résultats qui en découlent, on peut se demander s’ils n’ont pas compris un truc de travers. En effet, les législatives peuvent apporter 1,19€ à un parti pour chaque vote donc chaque personne que l’on mobilise… pas pour chaque personne que l’on démobilise !

Les salarié-e-s sous-representé-e-s dans cette élection

Travail & Démocratie, parti du monde du travail, n’a pas été prêt pour cette élection. Et ça se voit : à peine quelques salarié-e-s parmi les candidat-e-s, plus de 50% d’abstention chez les électrices et électeurs. Comme dans chaque élection, celle-là n’échappe pas à la règle.

Il y aura énormément de choses à dire sur la parité femmes/hommes non respectée , mais aussi sur le taux des salarié-e-s anormalement bas alors qu’elles/ils représentent 50% de la population.

Ce manque de représentativité, les programmes en décalage avec la vie réelle des gens et le système électoral faussé peuvent en partie expliquer l’abstention. Cette abstention massive est liée au sentiment de dépossession démocratique qui trouve sa source dans l’absence de démocratie dans les entreprises, sur nos lieux de travail, là où on passe une majeure partie de notre temps. On ne peut pas nous inviter à vivre dans un semblant de « démocratie » quelques heures par jour et nous laisser sous la dictature totale le reste du temps.

C’est aussi lié à un système électoral fabriqué pour construire des majorités, illégitimes comme c’est le cas pour Macron et sa République En Marche, et non pour représenter la réalité de la population. Ce sont les chantiers auxquels Travail & Démocratie veut s’attaquer.

Résister aux projets du gouvernement

On peut s’attendre que le deuxième tour confirme le premier : une fausse dynamique de la République en Marche et surtout une forte abstention. Quoiqu’il en soit, Emmanuel Macron, Édouard Philipe et l’ensemble du gouvernement continueront leur politique contre les travailleuses et travailleurs, contre les plus pauvres, contre les réfugié-es etc. Et il faudra résister.

Les membres de T&D déjà investi-e-s dans les syndicats, les associations féministes, les collectifs de soutien aux sans-papiers et ailleurs y feront face comme elles/ils le font depuis des années. Mais le combat est aussi politique. Toutes et tous ensemble, avec des nouvelles personnes qui nous rejoignent chaque jour, nous continuerons la construction de notre mouvement et serons prêt-e-s pour les prochaines batailles politiques, en particulier les élections européennes de 2019.

Une volonté de changement

Il y a aujourd’hui en France comme en Europe une volonté de nouvelles idées, de changements. Le dernier scrutin au Royaume Uni et la progression de Corbyn et ses Travaillistes va aussi dans ce sens. La meilleure manière d’y répondre, c’est de présenter aux élections et d’envoyer au parlement européen un maximum de salarié-e-s avec un programme capable d’amorcer les véritables changements révolutionnaires. En tant que parti, ce sont ces batailles que l’on veut livrer et ce sont ces changements que l’on veut voir gagner.

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