Une candidature unique de gauche, la seule réponse possible dans le contexte actuel

Nous sommes à 73 jours du premier tour de l’élection présidentielle. Les candidats prennent peu à peu leur place sur la ligne du départ. La dynamique de la droite ultra-libérale incarnée par Macron, la Droite extrême menée par Fillon le « bon père de famille » traditionaliste, et l’extrême-droite raciste et antisémite avec à sa tête la xénophobe Marine Le Pen, est incontestable. Même si les affaires de détournement d’argent de François Fillon et Marine Le Pen, dont on parle beaucoup moins, ont pour l’instant un impact sur l’intention de vote, il reste suffisamment de temps pour eux de se redorer le blason. On ne peut pas dire que, avec leur goût des magouilles, les moyens financiers et matériels manquent.

Pendant un moment, la seule alternative se dessinant face à l’offensive droitière était le courant nationaliste de gauche regroupé autour de « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon. Le moins que l’on puisse dire c’est que les petites mains qui collaient « JLM2017 » pendant tout le mouvement contre la Loi Travail ont donné des résultats. Au moment où on se demandait où en était la lutte, on a juste eu suffisamment de temps pour comprendre qu’elle s’était définitivement éloignée de la rue et a été emportée ailleurs. Si beaucoup avançaient à reculons avec France Insoumise, « l’abrogation de la Loi Travail » incluse dans le programme a été une motivation supplémentaire pour les plus hésitant-e-s.

Cependant, la victoire de Benoit Hamon à la primaire du PS redistribue les cartes. On peut penser ce que l’on veut de cette victoire. Minimiser sa portée, en mettant l’accent sur le nombre des électrices et électeurs. On peut la considérer comme simplement un vote « anti-Valls ». Ou on peut même adopter les discours frôlant le complotisme et dire qu’il s’agit d’« un piège du Parti Socialiste » ciblant à nouveau une stratégie de la gauche unie. Non, dans les trois cas, une victoire de Montebourg ou Peillon, donnés favoris d’ailleurs, aurait suffit. Le vote Hamon illustre, malgré tout, une volonté de tourner la page du quinquennat Hollande-Valls et un désir d’une alternative à gauche de la part des votant-e-s, et c’est comme ça qu’il faut le prendre.

La percée de Benoit Hamon, contre toute attente, peut être vue aussi comme la revanche sur le Congrès de Reims. La motion Hamon en 2008, dont Jean-Luc Mélenchon était un fervent militant et un soutien inconditionnel, perd face à Ségolène Royal et rallie Martine Aubry. C’est suite à cette défaite que, jadis hamoniste, Jean-Luc Mélenchon quitte le PS et créé sa propre structure à son image. Il se retirera également du Parti de Gauche en 2016 poussé par sa nouvelle stratégie populiste et anti-système « sans parti » autour de « France Insoumise », un peu comme « En marche » d’ Emmanuel Macron.

On peut se demander légitimement pourquoi il n’y a pas eu un peu plus d’enthousiasme à l’annonce de la victoire de Benoit Hamon, cette ancien allié avec lequel Jean-Luc Mélenchon comptait gérer le PS en 2008. Il s’agit, malgré tout, de deux membres du PS démoulés du même moule, à quelques années d’écart, avec des programmes assez semblables, l’obsession nationaliste de Mélenchon et ses sympathies pour les dictateurs comme Poutine ou Al-Assad mises à part. On peut se demander pourquoi, au moment où de toute évidence « le peuple de gauche » cherche l’unité face à la droite extrême et l’extrême-droite, France insoumise pose des conditions, intenables, même avant le début des discussions. Montrer une soit-disant bonne volonté en faisant tout pour que ça n’arrive pas n’illustre qu’une chose : au-delà de la bataille politique et les intérêts des gauches, c’est surtout le combat d’égos qui prime.

Et pourtant, l’égo des uns et des autres devrait être la dernière des préoccupations lorsqu’en face on a les programmes de Macron, Fillon et Le Pen bien lancés dans la course, avec tout ce que cela signifie pour les droits des femmes, des salarié-es, des immigré-es et des réfugié-es. Il faut tout faire pour l’éviter. Les écologistes et le PCF entre autres, en appelant à un dialogue constructif, l’ont compris dans une certaine mesure. Yannick Jadot, candidat d’EELV, semble donner des signes d’ouverture, tout en poursuivant la recherche des fameuses 500 signatures. Benoit Hamon ouvre des portes, mais refuse de sacrifier Manuel Valls et Myriam El Khomri. Chacun y va de ses petites manœuvres, tout en sachant que la désunion mènera à la défaite. Pourtant, le risque n’a jamais été aussi grand que l’extrême-droite puisse accéder au pouvoir qu’aujourd’hui en 2017. C’est une possibilité qui ne doit être ni écartée ni relativisée, notamment dans l’ambiance actuelle et avec des dispositifs répressifs déjà en place et opérationnels.

Pour nous, aujourd’hui, la seule position acceptable est celle qui est aussi la plus acceptable pour le monde du travail, pour les femmes, pour les salarié-e-s, pour les ami-e-s, camarades et collègues immigré-e-s avec ou sans papiers. C’est aussi celle qui devrait nous permettre à nous structurer et nous développer dans des meilleurs conditions pour préparer les luttes et échéances à venir. Tout ceci ne peut être envisageable avec Macron et Fillon, ou pire avec Le Pen au pouvoir. Même si l’élection de l’un des deux anciens ministres PS ne nous enchante pas, elle offrirait le meilleur champ pour les luttes féministes et sociales à venir.

Une candidature unique est possible autour d’un programme resserré centré sur l’abrogation de la Loi Travail, l’égalité réelle femmes/hommes, sur l’urgence climatique et environnementale, sur les droits des réfugié-e-s et un tournant démocratique et social de l’Union Européenne. Sans illusions particulières sur ce que la gauche « classique » ferait au pouvoir, c’est la raison pour laquelle, nous considérons qu’une candidature unique de la gauche, quelque soit le candidat, est notre espoir le moins brun dans les conditions actuelles.

10/02/2017

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